HEIDIGALERIE

Expositions passées

ELDORADO ELDORADO

BONNIOT . KWON . KERBART . WATSON . LOARER

ELDORADO

16.07.08 ::: ::: 30.09.08 / PROLONGATION 13.10.08

 

FELICIEN BONNIOT / HAYOUN KWON / YANN KERBART / ALICE WATSON / GLEN LOARER

 

 

 Vernissage le mercredi 16 juillet 2008 à partir de 19:00

Avec une interprétation originale de Yann Kerbart / Chanson

Clôture de l'exposition le samedi 13 septembre 2008 à partir de 19:00

'Je ne crois pas que ce genre de chose arrive ici..'  / Edition Spéciale + Musicale

 

 

      L'ARTISTE, MAÎTRE DE … SES PERVERSIONS

                                                                                        

          A visiter des expositions en passagers fidèles, en connaisseurs, et pour ne pas dire en  professionnels patentés, en spécialistes, nous ne goûtons plus à toutes les saveurs contenues dans des rendez-vous inattendus, un peu à côté des chemins trop fortement balisés, légèrement décalés donc, mais qui n'ont pas la naïveté d'oublier qu'ils feront sans doute partie prochainement du parcours obligé. Et quand la jeune  HEIDIGALERIE   reçoit cinq jeunes artistes, ne qualifions pas ce choix de « jeunisme », il y a quelque chose de tout à fait légitime, en somme, et de plutôt revigorant. Attardons-nous dans cette clairière pendant que nos aînés n'y sont pas. D'autant plus que le titre de l'exposition « Eldorado », qui évoque le « pays d'or », transporte à lui tout seul des jeux, des rêves, et une invitation à s'engager vers des territoires optimistes. Le titre est trompeur, évidemment, et nous nous  doutons rapidement que nous marchons sur des charbons qui ne manquent pas d'ardeur, ni de malice, nos instruments deviennent vite inadéquats, nous les croyions efficaces et sans erreur possible et voilà que nous enregistrons des sautes d'humeur sur nos écrans, des excitations imprévisibles, nous sourions à qui nous adressent des sourires, je veux parler des œuvres.

           Aucune volonté spectaculaire ne semble vouloir signer l'exposition. Au contraire même, la discrétion qui ne se veut pas une vertu devient ici une arme. Dissuasive ou offensive ? La réponse se cache dans le trait incisif d'un crayon bien affûté. Il m'apparaît qu'une œuvre remplit vraiment son rôle lorsqu'elle rompt avec les définitions, avec les dogmes. Ces œuvres qui me sont ainsi offertes au regard ont en tout cas revêtu des habits de malice, elles échangent, voyez-vous, sans se compromettre.

            Et la première qualité que je leur reconnais tient dans l'humour qu'elles savent déplier, nous n'avons assurément pas affaire à des objets « plaintifs », mais à des propositions cultivant l'incertitude comme une morale, et je me réjouis à en percevoir les multiples rumeurs.

 

 

            Surpris par les titres que me révèle avec un retard presque comique Glen Loarer, les sous-verre transparents peints de figures géométriques se dotent désormais d'expressions pour le moins décoiffées, douées mais refusent la démonstration. C'est pourtant dans le sens de l'image que se dirigent ces fresques fragiles et contemporaines, et qui doivent au numérique leur distinction. Leur intensité pornographique.

           Sous une forme tout aussi émouvante, les rébus orchestrés par Alice Watson empruntent au dessin comme au bas-relief en s'efforçant d'échapper aux pesanteurs des matériaux comme à l'autorité des formats. Volontairement je le pressens, pour rendre plus précises les utopies qui se soulèvent, plus acérés les jeux de mots que crayons et couleurs caressent, rendre plus crédible un paysage qui se déploie sur la minuscule étagère.

           Trou noir, trouble en couleur, la photographie et l'image vidéo de Félicien Bonniot provoquent des réchauffements et des rebondissements, nous ne gardons pas seulement une mémoire de l'image, comme des pas sur la neige évoquent le passage du félin ou de l'oiseau. Nous enregistrons des énigmes dans les mouvements fantomatiques que la lumière convoque et que le corps de celui qui filme semble vouloir retenir coûte que coûte, contre l'oubli. Contre le temps.

            Avec une violence plus directe, Ha-Youn Kwon interroge le réel en osant produire des effractions sur nos perceptions. « Qu'ai-je vu ? » pourrait être la question obsédante qui reste après l'interception des visions qui me sont proposées. Semeuse de doutes, mais également briseuse de cérémonie, l'artiste nous entraîne vers une cartographie agitée des corps et des paysages, elle brise le silence en provoquant l'explosion d'un liquide, elle met en joue la grâce.

            Les pas d'un « Funambule », je les vois accrochés aux sons et à la voix de Yann Kerbart. Comme le vent, la chanson nous fait chavirer, elle nous entraîne vers des champs élastiques, ceux que mon cerveau traverse, elle nous fait gagner du temps, la chanson c'est un dessin avec des vitesses autres, c'est une hypothèse pour débusquer l'amour, c'est une expérience de détournement. Comme je détournerai une ou un mineur, au fond d'un rêve doré.

 

 

                                                                             Pierre Giquel