HEIDIGALERIE

Expositions passées

SUNSHINE SUNSHINE

HERVE COQUERET

SUNSHINE

21.11.08 ::: ::: 31.12.08

 

VERNISSAGE LE JEUDI 20 NOVEMBRE 2008 / 19:00 >>>>>>>     

 >>avec >>>> RUBIN STEINER >>>>>   

invité spécial>>>>>>>>

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SUNSHINE, Herve Coqueret / 2008, HEIDIGALERIE  

                                                 

SUNSHINE, c'est le titre de l'exposition conçue par Hervé Coqueret pour HEIDIGALERIE. Brillance, chaleur, irradiation : le mot convoque une énergie sensuelle, possiblement violente.

Pour Hervé Coqueret, le mot évoque aussi un film de science-fiction signé Danny Boyle, et un titre de chanson;  enfin SUNSHINE renvoie de manière très générique au cinéma dans sa totalité, sur un plan fantasmatique (une matière à éblouissements) et pragmatique : la question de la lumière cruciale au tournage (scruter le ciel le matin, guetter l'embellie) autant qu'à la projection.

Au fond de la HEIDIGALERIE, le mot SUNSHINE brille en lumière noire, faux-néon de fil électrique qui frappe comme un oxymore, où se joue déjà la rencontre du rêve et de la réalité, de la nuit et du jour. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles...   

Artiste en mouvement (Bourges, Paris, Lille), diplômé de l'Ecole des beaux-arts de Nantes en 1999, Hervé Coqueret est aujourd'hui installé à Toulouse. Sa démarche artistique s' ancre dans une réflexion sur le cinéma, un démantèlement de ses constituants et de ses procédés. Ses installations, photographies, films, vidéos ou textes tentent de réinventer le médium en le ramenant à des éléments de bases dissociés (lumière, écran, images, temps...). En février 2008 il expose à La Station Vaste Monde (St Brieuc) une reconstitution de la villa qui hante les dernières images du film Kiss me deadly de Robert Aldrich : une exposition comme un décor, une architecture utopique, une surface de projection. Son premier court-métrage, en collaboration avec Cécile Bicler, conte les aventures spatio-temporelles de quatre adolescents vers la fin des années 80. Pour HEIDIGALERIE, il conçoit un ensemble d'œuvres inédites en dialogue subtil avec l'architecture du lieu.  

L'EXPOSITION  

Un court extrait du scénario de La Nuit américaine  publié par Truffaut dans la Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma :

« Bertrand, guidant un grand type brun, va retrouver Ferrand qui bavarde avec Julie.

Bertrand : Je vous présente Mark Spencer ; c'est le cascadeur anglais. Il arrive de Londres. Ne lui parlez pas français, il ne comprend pas une broque !

Ferrand : … Je vais m'arranger avec Julie, je voudrais que vous lui disiez que l'accident de voiture que nous tournerons demain se tournera en “nuit américaine”.

Julie : Qu'est-ce que c'est “nuit américaine” ?

Ferrand : C'est quand on tourne une scène de nuit, mais en plein jour. Vous savez, en mettant un filtre devant l'objectif…

Julie : Ah ! day for night, ça s'appelle day for night en anglais.

Ferrand : Ah bon ! » 

Les Nuits Américaines d'Hervé Coqueret racontent cette impossible rencontre où le cinéma réinvente la nuit en une éclipse visionnaire. Au gré de ses voyages et tournages, l'artiste constitue un répertoire photographique dont les images révèlent une latence fictionnelle, un potentiel cinématographique. Ces photographies sont ensuite retraitées — nuit-américanisées — par la sérigraphie sur plaque d'altuglass fumée. Dans l'œuvre intitulée Nuit Américaine : Misery, un paysage neutre bascule ainsi dans l'étrange grâce à la présence d'un panneau de signalétique routière. Une brèche polysémique s'ouvre dans le réel : Misery ( le mot inscrit sur le panneau) est un village français, proche de la N17 avant Peronne, dans la Somme. Mais aussi un film, tiré du roman de Stephen King publié en 1987, adapté au cinéma en 1990 par Rob Reiner. Des saveurs de thriller hitchcockien flottent sur le cliché, affirmées par le traitement sérigraphique. Seule demeure la couleur blanche dans l'image, disposée comme la neige sur cette plaine déserte, en un seul passage au dos de la plaque de verre sombre. 

Plus loin, la cimaise qui tamise la pénombre propice à l'installation SUNSHINE devient élément sculptural du décor. Hervé Coqueret y trace au cordeau des briques bleutées, en hommage au groupe Pink Floyd et à leur chef d'œuvre neurasthénique, The Wall, devenu film culte. L'histoire de l'album raconte la vie d'un anti-héros qui se retire dans un univers imaginaire en bâtissant un mur imaginaire. C'est Gerald Scarfe qui fut appelé pour créer le design et la pochette du vynil où ne figure qu'un mur, vierge de toute inscription. Dans l'exposition, les lèvres pulpeuses d'Emmanuelle y ouvrent soudain une formidable brèche érotique !  La cimaise d'HEIDIGALERIE se charge alors de cette polysémie/polyphonie à la fois graphique, musicale et cinématographique. L'impact direct de l'affiche capture l'œil et permet en outre un rebond, un "tilt" visuel, une belle chimère filmographique : quand Emmanuelle et Jaws (Les Dents de la mer) se rapprochent via leur parenté buccale, cela donne un hommage à la voracité des cinéphages. Concentré filmique en une image et quelques mots, l'affiche de cinéma ponctue d'ailleurs l'exposition de sa présence diffuse,

Un autre corpus d'images décline au mur des jeux de montage, d'échos analogiques, de frottements formels. 

Six tableaux  :

En contre-jour, de dos, quatre figures se découpent en silhouettes, quatre corps en attente, ombres contemplatives / Une collection d'acteurs de cinéma s'animent sur le mur d'une chambre, tous en tension physique, en action / A travers un store les rayons du soleil impriment un motif alvéolaire sur le pull d'un lycéen / Les roues d'une voiture tatouent sensuellement leur empreinte sur une moquette bleue / Les feuillets du scénario du court-métrage tombent épars sur le sol / Et deux adolescents nous regardent dans la nuit, appuyés sur la carosserie d'une grosse voiture américaine.

Autant de moments suspendus, en creux, matérialisés par le support même de l'image (un aggloméré noir) qui leste et objectalise cette série fragile. Car cette fois-ci, la sérigraphie a fait l'économie du noir et seuls les blancs et gris se déposent légèrement  à la surface des particules de bois.  L'ensemble fonctionne comme un montage in progress de flashes onirico-cinématographiques. Des visions aux aguets. Prêtes pour l'invention d'une nouvelle histoire. 

                                                                                                                                 Eva Prouteau